Les Valeurs du Savoir

Les Valeurs du Savoir

Les valeurs épistémiques occupent, aux côtés des valeurs morales, esthétiques, environnementales ou politiques, une place centrale. Nous valorisons positivement la clarté, la précision, la cohérence, la vérité, la connaissance, la justification, la rationalité, la compréhension, l’intelligence, l’acuité, l’impartialité, la minutie, le discernement, l’honnêteté, l’ouverture, la rigueur, la concision, la pertinence, la curiosité, l’intérêt, l’exactitude, la découverte, la recherche, l’exploration, l’expertise… 

Nous voyons à l’inverse d’un mauvais œil l’erreur, l’illusion, l’obscurité, l’approximation, la bêtise, l’inconsistance, l’irrationalité, l’ambiguïté, l’exagération, la confusion, la duperie de soi, l’ignorance, la verbosité, le dogmatisme, la prolixité, la mystification, le plagiat, les impostures, les sophismes, le verbiage, la spéciosité, la prévention, l’idéologie, le préjugé, l’aveuglement, le mensonge, la désinformation, la foutaise, l’horror mundi

Si les valeurs épistémiques — positives et négatives — sont souvent invoquées dans les sciences comme dans le débat public, elles sont plus rarement étudiées et vivent souvent dans l’ombre des valeurs morales, esthétiques ou politiques. Ce IXe congrès de la SoPhA — Société de Philosophie Analytique — aura pour but de combler cette lacune, en abordant des questions telles que :

  • Qu’est-ce qui fait d’une valeur une valeur épistémique ?

  • Quelles sont les variétés de valeurs, de vertus et de vices, de normes épistémiques ?

  • Y a-t-il une valeur épistémique positive fondamentale ou en existe-t-il une pluralité ? S’il n’y en a qu’une, s’agit-il de la valeur de la connaissance ? De la vérité ? De la compréhension ? De la rationalité ? S’il y en a plusieurs, comment sont-elles reliées ?

  • La valeur de la connaissance des faits nécessaires est-elle la même que la valeur de la connaissance des faits contingents ?

  • Les valeurs épistémiques et les valeurs non épistémiques peuvent-elles être comparées ? Si oui, les valeurs épistémiques ont-elles une priorité sur les autres ? Que penser des pieux mensonges, des approximations utiles, des croyances plaisantes, de la « propagande civique », des omissions bienveillantes, des exagérations « pour la bonne cause » ?

  • La littérature, la peinture, la musique, l’architecture… entretiennent-elles un lien essentiel avec les valeurs épistémiques ?

  • Y a-t-il des phénomènes analogues au moralisme, au pharisaïsme, à la vertu ostentatoire (virtue signalling), à la grandiloquence morale (moral grandstanding) dans le domaine des valeurs épistémiques ?

  • Qu’est-ce que le scientisme ? Qu’est-ce que l’obscurantisme ? Existe-t-il une frontière nette entre sciences et pseudosciences ? Le sens commun a-t-il un rôle à jouer dans la poursuite du savoir ?

  • Quelles relations les valeurs du savoir entretiennent-elles avec les universités ? Quelle est la place des valeurs non épistémiques en leur sein ? Les valeurs épistémiques tendent-elles aujourd’hui à céder le pas aux valeurs morales et politiques au sein des institutions du savoir ? Qu’est-ce que l’éveillisme (wokism) ? Que la culture de l’annulation (cancel culture) ? Faut-il s’en inquiéter ?

  • Y a-t-il des émotions et désirs essentiellement épistémiques (curiosité, intérêt, étonnement, ennui, surprise, fascination, ahurissement, amour de la sagesse, haine de la bêtise, être captivé, passionné, envoûté, aveuglé…) ? Comment les définir ? Quelles relations entretiennent-ils aux valeurs épistémiques ?

  • Peut-on étendre aux valeurs du savoir les théories et arguments développés pour rendre compte des valeurs morales ? Est-il plus difficile d’être anti-réaliste, théoricien de l’erreur, subjectiviste… au sujet des valeurs épistémiques ? Les théories de la patate chaude (buck-passing) peuvent-elles être étendues aux valeurs et normes épistémiques ? Ou devrions-nous à l’inverse définir des épisodes mentaux ou linguistiques tels que la croyance et l’assertion à l’aide de leurs relations aux valeurs et normes épistémiques ?

  • Certaines valeurs épistémiques sont-elles plus importantes pour certaines formes de recherche du savoir que d’autres ? Des idéaux tels que la parcimonie ontologique, la justesse des descriptions ou la proximité avec sens commun sont-ils en tension ou concernent-ils des projets distincts ? Peut-on distinguer diverses écoles philosophiques (idéalisme, philosophie analytique, continentale, herméneutique…) en vertu de leurs relations aux valeurs épistémiques ?

  • Existe-t-il des points de vue plus neutres ou objectifs que d’autres ? Comment la diversité de points de vue peut-elle contribuer à la poursuite des valeurs épistémiques ? Avons-nous un point de vue privilégié sur notre propre condition (nos états mentaux, nos douleurs, nos intentions, nos émotions, notre identité, les choses qui sont bonnes pour nous, les torts que nous subissons, les relations d’oppression dans lesquelles nous pouvons nous trouver…), ou sommes-nous tout aussi, ou peut-être même plus faillibles dans ces domaines ?

  • Comment entrent en jeu les facteurs sociaux dans la recherche des valeurs du savoir ? À quelles conditions ceux-ci entravent-ils et permettent-ils la poursuite du savoir ? Comment sélectionner les bons experts ? Que faire s’ils ne sont pas d’accord ? Comment améliorer les systèmes de sélection et de publication des travaux scientifiques ?

  • Quels liens entretiennent liberté d’expression et poursuite des valeurs épistémiques ? La première a-t-elle une valeur instrumentale relativement à la seconde ? La défense des valeurs épistémiques — par exemple la lutte contre la désinformation — peut-elle justifier de restreindre la liberté d’expression, ou de telles restrictions constituent-elles des formes déguisées de censure politique ?

  • Quels sont les arguments pour et contre le financement étatique des universités et de la recherche ? Sont-ils analogues aux arguments pour et contre le financement étatique de l’art ? Sont-ils affectés par les théories qui soutiennent que la fonction de l’éducation est davantage de signaler des compétences préexistantes que d’en développer de nouvelles ?

  • Qu’est-ce que la propriété intellectuelle ? Est-elle bénéfique, ou entrave-t-elle, la poursuite des valeurs épistémiques ? En quoi la production de connaissance est-elle similaire, et distincte, de la production d’autres biens et services ?

  • Comment la digitalisation affecte-t-elle la poursuite des valeurs du savoir ? Faut-il craindre que l’intelligence artificielle ne supplante l’intelligence humaine ? Les réseaux sociaux sont-ils une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les valeurs du savoir ? Les ontologies ont-elles un rôle-clé à jouer face à l’explosion des données produites et de leur accessibilité ?